UN PROJET DE GONZESSE

Article de VINCENT LIEUTIER paru dans «POLYSTYRENE» N° 53 - Mai 2002


Au menu : farandole de couleurs et défilé de matière, pour un lieu où l'on vient pour voir, et aussi pour être vu...

Au loin à gauche, le néon rose annonce la Coupole. Le coeur du théâtre est une haute carapace de béton, dont le caractère massif est accentué par ses angles arrondis. Une façade épaisse, judicieux transfert d'échelle, aligne le monument avec la façade voisine. Pour entrer, il faut passer sous les plateaux, entre de gros poteaux. Il y en a juste assez pour écrire « COUPOLE ».

L'entrée est petite, mais vous êtes déjà dans la sauce.

C'est soigné et bavard : un mur jaune, une ouverture rouge, un long guichet en bois, mazette, ça carbure ! Un intime passage et un escalier moquetté vous emmènent au déambulatoire.

Couleurs (jaune, orange, brun, rouge, rose magenta) et matières (béton, polycarbonate, moquette, verre teinté) établissent des superpositions judicieuses : plexiglass orange, peinture rose et rouge pour l'entrée des toilettes (à visiter !). Les douilles et les lampes teintées ajoutent un niveau de lecture à la succession de couleurs et de matières.

A l'ouest, vous retrouverez le bar et la rue. Avancez : la résille fragile, un bas mal ajusté qui cache pour mieux montrer, voile un espace de représentation, celui du public. Elle tamise les rayons du soleil et renforce l'effet de façade. Mais il fait nuit, alors on voit tout ! Il fait bon prendre un verre (de champagne...), dominer la rue, la regarder négligemment.

Vous voyez qu'on vous voit. Bougez légèrement. La façade de ce monument, ce soir, c'est vous.

Attention, si vous en buvez trop (de champagne...) vous ne verrez pas le spectacle, vous ne verrez pas la salle... Des sas vous y conduisent. L'un deux est capitonné de cuir vert amande avec finitions délicates. Le velours rouge a fait ses preuves ailleurs. Il les fait ici côté public, où tout est rouge. Côté scène, tout est noir. L'efficacité prime. Côté public, les gradins sont de véritables arènes ; côté scène, les possibilités de spectacle sont énormes.

Les espaces extérieurs sont aussi importants que la salle. A la manière d'un opéra du 19ème...

Cette couture, digne des grands couturiers, est l'équivalent des dorures chargées des opéras du 19ème qui pouvait déjà déplaire. Mais la couture de Manuelle est opportune. Elle nous montre d'ailleurs qu'elle sait faire serein (la salle). Les attitudes différentes sont légitimes : dans la salle, on regarde la scène, à l'extérieur, on est la scène...comme à l'opéra au 19ème.

Oui, le plastique va bien avec le cuir, le rose va bien avec le rouge, la moquette va bien avec l'onduline, le champagne va bien avec la culture. Se sentir chic dans cet espace de plastoc a du bon et reste cohérent (nous vivons le temps du plastique...). Ce bâtiment a quelque chose d'aristocratique. Jouons aux gens qui sortent ce soir, qui se montrent : un brin italien, marseillais à fond. Prenez le temps de prendre du plaisir, cette architecture est là pour ça, Manuelle a dû en prendre.

Merci, Monsieur le Directeur, de nous avoir promenés dans tout le bâtiment. L'enthousiasme que vous avez pour votre édifice est grand. Du coup le programme est noble et l'espace devient politique...